Verbier Festival
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Portrait : Kyung Wha Chung

La carrière de Kyung Wha Chung est un modèle de persévérance. Certes, un milieu de musiciens la prédisposait à une brillante carrière musicale. Mais une famille exceptionnellement mélomane (sa soeur Myung Wha est violoncelliste, et son frère Myung Whun, un célèbre pianiste et chef ) n’explique pas tout.

Kyung Wha Chung raconte qu’à quatre ans, elle apprit le piano mais c’est lorsque son oncle, directeur de l’Orchestre Symphonique Coréen, lui donna un violon miniature qu’elle découvrit mieux qu’un instrument et la confirmation d’un don naturel.  Tenir un violon entre les mains relevait tout simplement de l’évidence. En l’espace de deux semaines, elle jouait devant une grande assemblée d’écoliers, puis commençait à remporter dans la foulée ses premiers prix.

Mais ses débuts fulgurants ne doivent pas masquer les difficultés. Etudiante à la Julliard School, la violoniste profite des conseils avisés de son professeur Ivan Galamian mais s’affronte à la prédisposition du vénérable pédagogue à favoriser ses élèves masculins. Son professeur lui interdit en 1967 de se présenter au Concours International Leventritt car un autre de ses élèves, Pinchas Zukerman, y est inscrit ? Qu’à cela ne tienne, la jeune violoniste s’y présente malgré tout, et Chung et Zukerman remportent finalement le Premier prix ex-aequo!

La carrière de Kyung-Wha Chung prend dès lors une tournure internationale, notamment en Grand Bretagne, où le public londonien lui fait un triomphe. L’histoire de son premier disque chez Decca est légendaire. On lui propose d’enregistrer le Concerto de Sibelius la semaine suivante, alors qu’elle n’a joué l’oeuvre qu’une seule fois dans sa vie. Un défi insurmontable ? Au contraire, la violoniste saisit sa chance : elle répète partout, jusque dans les aéroports où son long courrier fait escale. Enregistré sous la direction d’André Prévin, le disque reçoit un accueil unanime, inaugurant une impressionnante discographie aux côtés des plus grands chefs Georg Solti, Rudolf Kempe, Kyrill Kondrashin et un certain… Charles Dutoit, actuel directeur musical du Verbier Festival Orchestra.

Avec le chef lausannois, l’entente est immédiate: la clarté chaleureuse de sa direction se conjugue idéalement avec la pureté de l’archet de Chung, comme en témoignent de somptueux disques de musique française et un non moins étincelant Concerto de Tchaikovski. Mais il y a un absent de marque dans l’intégrale discographique en 19 CDs parue chez Decca en 2014, un oubli d’autant plus troublant que Kyung Wha Chung a toujours placé la musique du compositeur allemand très haut dans son panthéon personnel: le Concerto de Brahms. Pour l’avoir donné régulièrement sur scène, elle en maîtrise mieux que personne la singulière tendresse comme en atteste l’époustouflante captation du concerto réalisée en 1996 sous la direction d’André Previn à Cologne. Il faut donc apprécier à sa juste valeur la soirée d’ouverture qui permet de réunir cette paire légendaire, d’autant que la violoniste aura à coeur de défendre l’oeuvre avec une extrême ferveur.

Car tout n’a pas été facile pour Kyung Wha Chung. Une blessure à la main l’a tenue à l’écart des salles de concert ces dernières années, et c’est riche d’une toute nouvelle jeunesse qu’elle retrouve aujourd’hui le chemin des scènes. Exceptionnelle chambriste (elle se produira le 24 juillet en récital aux côtés de Kevin Kenner), Kyung Wha Chung nous offrira à Verbier un double cadeau musical et humain. Des obstacles et difficultés, la violoniste coréenne en retire force et sérénité. Kyung Wha Chung ou la parabole du phénix qui renaît toujours de ses cendres, pour le plus grand bonheur des mélomanes.

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Portrait : Joshua Bell

Joshua Bell n’est jamais là où on l’attend. Son violon se nourrit des contraires.

Khatia Buniatishvili & Joshua Bell©AlinePaley

Khatia Buniatishvili & Joshua Bell©AlinePaley

Aérien, printanier, son jeu excelle dans les grands concertos romantiques. Soliste, il est également le directeur musical de la prestigieuse Academy of Saint Martin-in-the Fields. Vous le croyez définitivement perdu dans les affres du «show business» et il vous désarçonne par une Partita de Bach à la pureté surhumaine. Il est invité par Barack Obama à se produire à la Maison Blanche, et puis le lendemain, il joue aux côtés des plus démunis. L’expérience qu’il a menée dans le métro de Washington a fait le tour du monde: le 12 janvier 2007, Joshua Bell jouait durant trois quarts d’heures sur son Stradivarius de 1713 dans les transports en commun, récoltant la maigre somme de 32 dollars (la majeure partie provenant d’un généreux donateur qui lança un billet de vingt dollars sans même daigner s’arrêter pour écouter!). Imprévisible Joshua, à fois inaccessible et familier, star du violon dès ses 14 ans après ses débuts avec l’Orchestre de Philadelphie sous la direction de Riccardo Muti, avec un parfum de glamour qui n’appartient qu’aux plus grands. Pas étonnant que la série télévisée Mozart in the jungle lui ait demandé de jouer son propre rôle pour interpréter un violoniste star new-yorkais!

Joshua Bell©NicolasBrodard

Joshua Bell©NicolasBrodard

Docteur Joshua et Mister Bell  en somme. Mais s’il y a un lieu où Joshua Bell réunit l’ensemble de ses personnalités, c’est bien au Verbier Festival. C’est là qu’il multiplie les expériences, se produisant tantôt en soliste de grands concertos, tantôt en chef du Verbier Festival Chamber Orchestra, tantôt en programmes de musique de chambre.  “Un musicien ne devrait jamais s’arrêter de relever de nouveaux défis”, nous confiait-il en 2015. Pour sa 14e participation au Verbier Festival, Joshua Bell nous revient avec des partitions emblématiques de Camille Saint-Saëns, soit un retour aux sources de son instrument dans ce qu’il a de plus virtuose et chaleureux. Il se produira également en matinée en compagnie de Nicolas Alstaedt, Lukas Geniusas, Alexandra Conunova et sa grande amie Tabea Zimmermann dans un programme Mozart, Chostakovitch, Taneiev de haut vol. Un moment de partage musical dont seul le Verbier Festival a le secret.

Et puis, faites attention, vous risquez de le croiser en concert bien sûr, mais aussi dans les rues du village ou simple randonneur, accessible à tous. A près de cinquante ans, le violoniste est un musicien incontournable ouvert à toutes les expériences. Sa venue, cette année encore, n’en a que plus de prix.

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Portrait : Daniel Hope

Outre une Rencontre Inédite, le violoniste britannique Daniel Hope offrira un hommage émouvant à son maître Yehudi Menuhin.

Daniel Hope ©HaraldHoffmann

Daniel Hope ©HaraldHoffmann

Vous avez lu sur le programme du jour le nom de Daniel Hope. Vous savez donc qu’à l’issue du concert, vous aurez fait quelques découvertes. Le violoniste britannique a ceci de singulier qu’il nous revient quasiment chaque année à la manière d’un caméléon. Jugez-en. Non content de nous avoir offert en 2012 un hommage à la musique des compositeurs du camp de Theresienstadt, il proposait deux ans plus tard, un euphorisant voyage baroque sur instruments d’époque.

Imprévisible Daniel Hope, moderne un jour, baroque le lendemain.  Cet infatigable défricheur de répertoire témoigne d’une curiosité sans cesse à l’affût. Si le  violoniste des grands concertos romantiques est tout simplement souverain, si le champion du 20ème siècle s’est imposé dans le monde entier, le musicien baroque ne leur cède en rien, sublimant Bach sur des cordes en boyau ou magnifiant Vivaldi aux côtés d’ensembles spécialisés. Il affiche également une passion militante pour la musique d’aujourd’hui, et la musique de chambre, notamment au sein du feu Beaux-Arts Trio. Mais Daniel Hope, c’est aussi un écrivain de grand talent. Son premier livre est un roman, des mémoires de sa famille depuis le seizième siècle, le deuxième est un guide pour faire découvrir la musique classique au grand public et le troisième est un désopilant ouvrage autour des pertes de mémoire en concert et autres catastrophes en tous genres. Ajoutons encore que Daniel Hope est un excellent musicien de jazz mais nous manquerions alors de place pour évoquer le porte-parole infatigable de nombre de causes humanitaires.

Daniel Hope ©HaraldHoffmann

Daniel Hope ©HaraldHoffmann

Daniel Hope nous revient donc. Et c’est peut-être au cours de cette édition 2016 qu’il se présente dans la totalité de ses facettes, du moins dans  son versant le plus intime. Outre une belle Rencontre Inédite placée sous le signe du Concert de Chausson, le violoniste créé l’événement avec un hommage à son mentor et modèle, Yehudi Menuhin.  Dans un vibrant éloge dans le Guardian, Daniel Hope a récemment rappelé tout ce qu’il devait au légendaire violoniste américain. L’histoire est trop belle pour ne pas être racontée. Hope a grandi en Afrique du Sud aux côtés de parents militants anti-apartheid. Contraints à l’exil, la famille de Daniel doit s’installer en Grand-Bretagne. Les premiers mois sont difficiles. Intervient alors un coup du destin: la mère du violoniste se voit proposer deux postes de secrétaire simultanément, l’un pour le controversé archevêque de Canterbury (qui fit un prêche en Afrique du Sud sans dénoncer les violences de l’Apartheid) et l’autre pour Yehudi Menuhin. Le choix est aisé à faire, d’autant que la mère de Daniel Hope s’entend immédiatement avec le musicien.  Cette association durera 24 ans, jusqu’à la mort du maître en 1999.

Daniel Hope ©HaraldHoffmann

Daniel Hope ©HaraldHoffmann

Dès l’âge de deux ans, Daniel Hope grandit donc quasiment dans la maison londonienne du maestro. Ce dernier repère immédiatement le jeune enfant avide de musique. Et à onze ans, les deux musiciens se produisent ensemble sur scène. S’ensuivront près de 60 concerts inoubliables, jusqu’au concert d’adieu du maître en 1999.

Pour faire revivre cette figure tant aimée, Daniel Hope a choisi un programme à l’image de la personnalité de Menuhin. Un programme donc d’une exceptionnelle diversité, couvrant près de quatre siècles de musique, oscillant entre souvenirs personnels (les Duos de Bartók que Hope joua adolescent aux côtés du maître) et des oeuvres dédiées et créées par Menuhin lui-même, notamment la magnifique Sonate de Walton. Et pour que la boucle soit bouclée, Daniel Hope interprétera l’exubérant Concerto pour deux violons RV 622 de Vivaldi aux côtés d’un autre jeune prodige, le suédois Daniel Lozakovich (15 ans!) promis à la plus radieuse des carrières.  Entouré d’une flopée de musiciens d’avenir, ce superbe programme rappellera de la plus belle des manières les valeurs de partage et d’excellence qui sont chères au Verbier Festival.

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Portrait : Kate Aldrich

La mezzo-soprano interprètera le rôle-titre dans Carmen de Bizet le 25 juillet prochain !

Kate Aldrich ©FadilBerisha

Kate Aldrich ©FadilBerisha

Triomphatrice du rôle sur les scènes du monde entier, du Théâtre Antique d’Orange au Metropolitan Opera de New York, Kate Aldrich est LA grande Carmen de sa génération. Bien sûr, il serait injuste de réduire la mezzo américaine au seul chef-d’œuvre de Bizet. Outre l’opéra français, la séduisante Kate excelle dans le bel canto italien, de Bellini et Donizetti mais les salles du monde entier, et le Verbier Festival ne va pas déroger à cette prérogative, la réclament régulièrement dans ce qu’elle fait de mieux, et on l’espère pour de nombreuses années encore : Carmen.

Pourtant, nulle habitude chez une artiste qui remet l’ouvrage vingt fois sur le métier. Contrairement à d’autres interprètes qui brossent un portrait univoque de la cigarière andalouse, Kate Aldrich construit ses personnages au fur et à mesure de la représentation.

Carmen peut parfois être limitée à la femme séductrice et provocatrice mais elle est tellement plus que ça !“, dit-elle lors d’une interview à la Post-Gazette de Pittsburgh. “Le défi de Carmen réside dans l’acte 1 : vous devez décider avec qui Carmen flirte, et avec qui elle est sérieuse, et avec qui elle veut seulement s’amuser et être sexy. Carmen ne peut pas être une seule chose à la fois, elle n’est pas d’un bloc. Elle doit être mystérieuse, sinon vous n’obtenez que le stéréotype d’une femme perverse et manipulatrice. Comment le public pourrait s’intéresser à une telle personne ? ”

La mezzo nous promet donc une Carmen sur mesure à Verbier. À ses côtés, une troupe exceptionnelle, avec deux hommes (Dmytro Popov, Laurent Naouri) à qui elle promet de faire tourner les têtes.  Il sera passionnant de voir la scène où la gitane jette la fleur à Don José, d’autant que sur la scène se trouve un autre impayable séducteur, Charles Dutoit, le directeur musical  du Verbier Festival Orchestra, qui n’aime rien tant que les Carmen vénéneuses et bondissantes.

Physique de rêve, tempérament de feu et timbre de velours, Kate Aldrich était promise à incarner la cigarière. Pas de doute, une grande Carmen va embraser le Festival !

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Écouter le podcast de Michèle Larivière

Portrait : Bryn Terfel

Le baryton interprètera le rôle-titre dans Falstaff de Verdi le 29 juillet prochain !

Bryn Terfel ©SheilaRock

Bryn Terfel ©SheilaRock

Irrésistible Bryn Terfel ! Voix phénoménale, personnalité encore plus prodigieuse, la star galloise a abordé tous les répertoires et peut – presque – tout chanter. Mais ce sont les rôles psychologiquement complexes – le maléfique Scarpia dans Tosca,  Hans Sachs des Maîtres chanteurs de Nuremberg – qui lui permettent de déployer pleinement son génie interprétatif. Sans oublier bien sûr une présence scénique qui magnifie le récital.

Après un  exceptionnel Don Giovanni en 2009, le baryton revient nous éblouir dans l’un de ses rôles de prédilection: Falstaff. Cela fait, en effet, plus de quinze ans que Bryn Terfel interroge les nuances de ce rôle avec une probité exemplaire. Du chevalier déchu, il en a la carrure, la bonhomie mélancolique, l’impayable distance ironique, à la fois monstrueuse et touchante, au diapason de la célèbre maxime finale de l’opéra de Verdi : «le monde est une farce et l’homme est né bouffon ».

Drôle de rôle que celui de Falstaff en réalité, bien plus difficile qu’il n’y parait. Un clin d’œil en trop, et c’est l’assurance de perdre les accents doux-amers du testament verdien. Mais nul cabotinage chez Terfel, le gallois connait son Falstaff sur le bout des doigts (du ventre?) et confère à l’ogre shakespearien des couleurs déchirantes, tout en se délectant de la prosodie du livret d’Arrigo Boito.

Après l’avoir donné aux côtés de Georg Solti et l’avoir enregistré avec Claudio Abbado dès 2001, Bryn Terfel revient au Verbier Festival aux côtés d’une autre légende de la direction d’orchestre, l’espagnol Jesús López Cobos. Dans cette version de concert, les spectateurs du Verbier Festival auront le privilège de s’approcher au plus près d’une interprétation vivante.  On salive déjà à l’œil rieur du grand Bryn, à sa pétulance, à ses ruses canailles, dans l’air «Va vecchio John per la tua vita» , le célèbre «Paggio del Duco di Norfolk» ou dans le déchirant monologue du troisième acte, où Falstaff tombe le masque et perd toutes ses certitudes viriles, jusqu’à ce qu’un bon verre de… vin chaud ne le ramène à la vie.

Au côté de ce rôle principal de luxe, les personnages féminins – qui mènent la danse dans cet opera buffa très caustique – ne seront pas en reste puisque la jeune soprano Italienne Erika Grimaldi incarnera la belle Alice tandis que la prude Meg et l’espiègle Madame Quickly seront tenues par deux valeurs sures de la scène lyrique : Roxana Constantinescu et Yvonne Naef, deux sublimes voix graves venues de l’Est.

Entre rires et larmes, Bryn Terfel et ses acolytes nous promettent une soirée d’opéra  comme le Verbier Festival les aime tant !

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Portrait : Iván Fischer

Le chef hongrois Iván Fischer dirigera le Verbier Festival Orchestra dans un somptueux programme Wagner !

Iván Fischer

Iván Fischer

C’était l’un des temps forts de l’édition 2014. Par une belle soirée d’août, le chef Iván Fischer offrait une Symphonie n°6 de Mahler époustouflante d’énergie et de noirceur, jusqu’à ce qu’un coup de “Hammer”, le marteau de 120 centimètres requis par le compositeur, n’assène la conclusion d’une œuvre magistrale. Signe qui ne trompait pas, les musiciens du Verbier Festival Orchestra applaudissaient à tout rompre le chef hongrois, encore impressionnés par une lecture aussi souveraine que ductile. N’hésitez pas à regarder le concert enregistré par notre partenaire medici.tv, c’est formidable.

Homme de culture européen, metteur en scène à ses heures, Iván Fischer nous revient cette année dans un programme Wagner encore plus exceptionnel. Mais tout d’abord, évoquons la trajectoire d’un chef qui a réussi à hisser son propre orchestre, le Budapest Festival Orchestra,  au rang de meilleures formations internationales. Car on ne le sait que trop peu, l’orchestre hongrois est l’un des plus jeunes orchestres en activité (sa fondation ne remonte qu’à 1983!) et monopolise pourtant toutes les places d’excellence dans les classements mondiaux. Le mérite en revient bien sûr à l’admirable tradition hongroise, celle des Kodaly, Bartók, Ligeti mais également à la personnalité de son co-fondateur, Iván Fischer, qui réussit régulièrement des prodiges dans le vaste répertoire d’Europe centrale. Cordes à la chaleur soyeuse, direction analytique, puissance enthousiasmante, Iván Fischer obtient de ses musiciens de superbes démonstrations de cohésion instrumentale dans un répertoire très large, allant de Beethoven à Bartók. Dans ce formidable panorama musical existe cependant une énigme : Wagner. Pour avoir grandi dans une famille juive, le chef entretient bien sûr des relations complexes avec le compositeur allemand. Mais Fischer, fasciné depuis l’enfance par l’opéra, a trouvé les nécessaires dépassements de l’antisémitisme de Wagner par la figure d’Hermann Levi, le chef d’orchestre qui a créé Parsifal. Fils de rabbin, Levi a su tenir tête à Wagner, qui l’enjoignait à se convertir au noyau chrétien de l’opéra, et apporter sa propre vision qui excède les traditionnelles limitations historiques de l’œuvre.

Iván Fischer ©MarcoBorggreve

Iván Fischer ©MarcoBorggreve

A l’instar d’un sir Georg Solti, le Wagner de Fischer est clair, nuancé et dynamique. Il offre surtout, et le programme du concert du 4 août le révélera avec brio, une plongée saisissante au cœur des passions humaines. Wagner n’a pas seulement révolutionné la musique et le théâtre musical, il a créé d’incroyables personnages, que l’on songe à Tristan et Isolde ou à Kundry,  partagés entre un désir d’absolue pureté et d’auto-destruction. Et souvent dans le tumulte, planent des pages d’une sublime plénitude comme  l’Enchantement du Vendredi Saint de Parsifal ou le Voyage de Siegfried sur le Rhin, avec des harmonies d’une beauté presque suffocante, dont Fischer sait comme personne traduire les innombrables munificences.

Nina Stemme ©NedaNavaee

Nina Stemme ©NedaNavaee

Quant à la soliste? L’émotion sera à son comble lors de la mort d’Isolde, puisqu’elle sera interprétée par la célèbre soprano suédoise Nina Stemme, ni plus ni moins que la plus grande voix wagnérienne du moment !

Pour qualifier le travail du chef d’orchestre, Iván Fischer évoque régulièrement la sensation physique qu’on ressent au bout des doigts. Cette impression très tangible, le chef la reçoit quand il bouge ses mains comme s’il touchait du doigt un seul et unique instrument.  Iván Fischer serait-il un magicien? Non, le chef hongrois explique que cette magie très mystérieuse résulte de l’alchimie qui s’effectue entre un chef et des musiciens quand ils vivent ensemble la musique. Et pour nous heureux spectateurs du Verbier Festival, ce sera, en ce jeudi 4 août, l’occasion exceptionnelle de toucher du bout des doigts la magie unique de la musique de Wagner.

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Portrait : Tabea Zimmermann

L’altiste Tabea Zimmermann se produit pour la première fois cet été au Verbier Festival !

Tabea Zimmermann ©MarcoBorggreve

Tabea Zimmermann ©MarcoBorggreve

Qu’on ne vienne pas asséner ici quelques blagues puériles sur les altistes, instrumentistes mal aimés des cordes. Pour avoir commencé l’alto à trois ans, Tabea Zimmermann a tout de suite trouvé sa voie. Au commencement, une famille stricte de six enfants (l’artiste parle en interview de parents peu portés sur l’esprit d’enfance) qui lui fait choisir l’alto pour jouer en quatuor avec ses frères et soeurs à l’âge de quatre ans. Un professeur ensuite, Dietmar Mantel, qui lui apprend le plaisir du jeu avant d’étudier avec le génial pédagogue hongrois Sandor Vegh. Est-ce pour cette raison qu’elle est une partenaire de chambre extrêmement demandée, notamment célébrée par le Quatuor Arcanto qu’elle fonde en 2002 auprès de musiciens exceptionnels (Antje Weithaas, Jean-Guilhen Queyras, Daniel Sepec) ? L’altiste a une jolie formule pour définir le jeu de chambre: “Je considère que les musiciens de chambre se développent, musicalement et personnellement, de façon bien plus enrichissante que dans le répertoire symphonique. Quelle joie de travailler dans un quatuor, et de tenter, même après des années d’engagement sur une oeuvre, de nouvelles approches et de peaufiner une interprétation durant des jours entiers. C’est toujours une grande satisfaction de trouver la joie dans la vibration collective des instruments et dans une même communauté de pensées“.

Mais difficile de réduire au seul aspect chambriste une musicienne qui personnifie comme peu son instrument au point de presque incarner l’alto aux yeux du grand public. Car Tabea Zimmermann est soliste, et quelle soliste! Elle a gravé des enregistrements de référence de chefs d’oeuvre absolus de l’instrument, le Concerto pour alto de Bartók notamment, et s’est produite aux côtés d’une liste de chefs à faire pâlir de jalousie le plus ambitieux des violonistes. Mais il y a plus : son talent, sa personnalité chaleureuse et son intégrité artistique font d’elle l’une des professeures les plus unanimement appréciées de la planète musicale. Le Verbier Festival qui a toujours mis en avant le répertoire pour alto, a vu se produire nombre de ses élèves, le français Antoine Tamestit en premier lieu, et tous témoignent du legs indispensable d’une musicienne aussi magnifique et modeste.

Joshua Bell

Joshua Bell

C’est donc un événement majeur – car Tabea Zimmermann vient pour la première fois au Verbier Festival – que d’accueillir cette artiste dans deux programmes de chambre, l’un en matinée, l’autre en soirée, où son sens du collectif fera merveille. Comme toujours chez l’altiste allemande, l’amitié prévaut puisque les violonistes Pamela Frank et Joshua Bell comptent parmi ses plus fidèles complices, et les musiciens de l’Academy auront la chance de profiter de ses conseils lors d’une master-class exceptionnelle.

Le grand compositeur hongrois Gyorgy Ligeti (1923-2006) différenciait le violon de l’alto, par la corde grave de do qui « donne à l’alto une âpreté singulière, compacte, un peu rauque, avec un arrière-goût de bois, de terre et de tanin ». Et notre homme, qui écrivit pour notre musicienne, de poursuivre : « Lors d’un concert à Cologne, j’ai entendu Tabea Zimmermann jouer de l’alto ; son jeu sur la corde de do, particulièrement énergique et vigoureux et pourtant toujours tendre, fut le déclencheur de mes fantaisies de Sonate pour alto solo ». On ne saurait trouver plus belle définition du jeu de Tabea Zimmermann, qui puise dans les ressources mêmes de son instrument, la magie unique de son timbre.

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Portrait : Emmanuel Krivine

L’élégance à la française

Emmanuel Krivine ©JulienBecker

Emmanuel Krivine ©JulienBecker

Un détail pour commencer : Emmanuel Krivine est un chef qui brûle les planches. Le geste vif, la main droite qui découpe avec vivacité la matière musicale, le buste impérieux, le chef français a l’élégance tonique et ravageuse d’un jeune cavalier.

L’essentiel ensuite : après avoir été un chef craint des musiciens, Krivine est aujourd’hui l’un des chefs les plus attachants du monde. Retour sur les faits. D’origine russe par son père et polonaise par sa mère, le petit Emmanuel est d’abord un enfant virtuose. Premier prix de violon du Conservatoire de Paris, il reçoit les conseils avisés de maîtres légendaires comme Henryk Szeryng et Yehudi Menuhin. A 17 ans, il découvre la direction d’orchestre, jusqu’à ce qu’un accident de voiture ne le contraigne à choisir définitivement la baguette. Sa carrière, sous les conseils de Karl Bohm, se développe rapidement : chef invité permanent du Nouvel Orchestre Philharmonique de Radio France de 1976 à 1983, directeur musical de l’Orchestre Français des jeunes durant onze ans, il prend les rênes de l’Orchestre National de Lyon de 1987 à 2000. Pourtant, une légende noire entoure à cette époque Emmanuel Krivine. On le dit cassant, mégalomane, éruptif. Pire, il serait un tyran. Le chef a beau faire de l’orchestre lyonnais la meilleure formation française de son époque, rien n’y fait : Krivine est un homme qui divise. Le principal intéressé résume : « Les gens ont crû que mes manières étaient fascisantes, elles n’étaient qu’affolées ».

Au début des années 2000, coup de théâtre. Cet humaniste, qui refuse par exemple de se produire dans les villes Front National, réfléchit profondément à la position de chef d’orchestre. Lui qui endossait jusque là le rôle de général en chef éprouve soudain le besoin d’être au sein d’une collectivité fondée sur l’écoute et non sur la peur. Preuve d’un esprit vif, il joint rapidement la parole aux actes, et fonde en 2004 La Chambre Philharmonique. Avec ces musiciens qui jouent sur instruments d’époque, Krivine retrouve le désir, l’esprit de recherche, la collégialité et la polyvalence. Il ne dirige plus, non, il oriente les musiciens, en tenant compte de la spécificité de chacun. Parallèlement, il prend la direction musicale de l’excellent Orchestre Philharmonique de Luxembourg, à mesure que les invitations prestigieuses pleuvent (Concertgebouw d’Amsterdam, Boston Symphony Orchestra, Berliner Philharmoniker…). Signe d’une carrière en plein essor, Emmanuel Krivine vient d’être nommé à la tête de l’Orchestre National de France où il succède à Daniele Gatti.

Krivine Emmanuel Krivine ©FabriceDell'Anese

Krivine Emmanuel Krivine ©FabriceDell’Anese

C’est donc un chef en parfait équilibre que les musiciens du Verbier Festival Chamber Orchestra vont découvrir dans un superbe programme de musique française, apportant un soin jaloux aux solistes (Joshua Bell et George Li seront choyés !), alliant pulsation fluide et agilité de l’articulation, au diapason d’une personnalité toujours aussi incandescente

De son enfance de virtuose, Krivine disait qu’il était alors un « jeune homme âgé ». A la suite de nombreuses remises en question et d’un parcours exemplaire, le chef français a su retrouver une seconde jeunesse. A 68 ans, ce jeune homme ira loin.

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